FICS

FICS
Sarah déménage ! Retrouvez donc ma première fic ICI !


Quant à Julie Sénéka , elle se retrouve projetée LA !



Il y a aussi la fic de ma soeur Juli, qui est plus que bien ! Fans de yaoi et de séquences émotion, c'est juste fait pour vous !
# Posté le lundi 26 mars 2007 06:16
Modifié le lundi 11 juin 2007 14:04

Chapitre 1

La première bouffée est âcre , mais elle me fait du bien . C'est ma première cigarette depuis plus de trois mois . Pourtant j'avais vraiment cru que cette fois , mon arrêt serait définitif . Finalement le schéma est toujours le même . J'arrête, je déprime, je reprends, j'arrête ... J'ai longuement hésité avant d'acheter ce paquet . Je m'en suis torturé une nuit entière , et pourtant je savais que c'était inévitable . Maintenant je m'imprègne de cette odeur doucereuse , cette sensation de brûlure dans ma gorge , comme si en fumant j'allais envoyer les vieux démons qui m'habitent directement au four crématoire ...Le schéma est toujours le même ...


Ce qui ne chang
e pas non plus, c'est mon dégoût, de moi-même comme des autres . Je me sens sale depuis ce jour-là . Et ça ne cesse d'empirer .
J'ai été i
diot de croire que la vie serait plus simple si je l'oubliais . J'ai été idiot de penser qu'il était la source de mes problèmes . Parce qu'en vérité, le problème c'est moi . Moi et l'obscurité de mon cerveau . Je ne suis pas un monstre, en apparence, non la véritable bête se cache bien plus profond , là où personne à part moi ne peut la voir, là où elle peut prendre les commandes de ma vie sans m'en avertir . Je suis habité de cette chose étrange qui me ronge : la culpabilité .
Mai
s la plus grossière de mes erreurs, ça a été de croire que je pourrais m'en guérir en m'en éloignant .


Je croyais
pourtant avoir fait les choses comme il le fallait , ce jour-là . J'avais tout préparé pour l'occasion , invitant nos amis , commandant ses plats préférés chez un traiteur renommé , décorant l'appartement de mille banderoles pour accueillir comme il se devait mon frère à son retour . Mais il faut croire que j'en avais trop fait, ou peut-être pas assez . Je me souviens d'avoir éteint la lumière en entendant la clé tourner dans la serrure , pour que nous puissions tous pousser un tonitruant cri de surprise quand il passerait la porte . Mais une voix pressante venant de l'entrée , une voix de fille, nous avait vite fait comprendre que nous nous étions trompés sur les raisons de son retour ...



"-Allez enlève donc cette veste !
-At
tends Shirley, la lumière !
-Non, pas le temps
, tu connais le chemin de ta chambre non ?
-Mm
mpf ..."




Nous étions
restés médusés, alors que le couple qui venait d'entrer se dirigeait à tatons dans l'appartement, passant devant nous sans nous voir, jusqu'à la chambre de mon frère . Je rallumai la lumière, encore hébété par ce que nous venions de voir, et interrogeai l'assistance du regard . Personne n'osait dire un mot , si bien que je sursautai quand j'entendis la voix timide de ma mère demander :

"-Je suppose qu'on va reporter la fête à demain ?
-M'man, je suis désolé
que t'aies vu ça ... j'avais pas prévu qu'il ... enfin ...
-C'est pas
grave, on n'a qu'à tout remettre au frigo, on fêtera son retour plus tard ..."


Mi-figue mi
-raisin, le sourire de ma mère me rassura , et alors que nous faisions sortir toute l'assemblée, je me risquai à jeter un regard vers la porte de la chambre de mon frère . D'odieux gloussements s'en échappaient parfois, et une grimace de dégoût de dessina sur mon visage . Ma mère posa sa main sur mon bras et dit d'une voix très douce :

"-Ne t'inquiète pas , ton frère est grand, il sait sans doute ce qu'il fait .
-Quand même ... il aurait pu me prévenir ...
-I
l ne se doutait pas qu'on lui préparerait cet accueil , voilà tout ! Excuse-le, Tom .
-T'as
sans doute raison ... tu veux que je te ramène ?
-Ca va aller mon gra
nd, je suis venue en voiture, et je ne voudrais pas la laisser là !
-C
omme tu voudras ... fais attention !
-Ne t'inq
uiète pas ! Bonne nuit mon grand !
-Bonne nuit
M'man ..."


Elle était
partie après avoir pris le temps de me déposer un baiser sur la joue . Je ne savais pas comment elle pouvait garder son calme même dans ce genre de situations ... et je ne comprenais pas pourquoi mon frère était rentré avec une fille ayant visiblement trop bu , alors qu'il venait de passer trois longs mois loin de sa famille et de ses amis . En fait, c'est à ce moment-là que je me rendis compte que je ne comprenais plus mon frère depuis un certain temps déjà . Je m'étais longtemps voilé la face, mais son attitude de ce soir confirma les soupçons que je nourrissais déjà inconsciemment : mon frère avait changé .

Bien
sûr, certains de ses actes étaient compréhensibles , sa maladie le faisait atrocement souffrir et le rendait parfois d'humeur instable , mais de là à me mépriser comme il le faisait parfois ... non, il y avait forcément autre chose, Bill ne m'avait jamais regardé avec un tel dédain que le jour où il était parti ... C'était comme si je n'existais plus, et d'une certaine manière,s'il le pensait, c'était sans doute vrai . Si je n'existais plus à travers son regard, alors je n'existais plus du tout . Ce jour-là on l'avait tous accompagné à la gare . Gustav, Georg et moi . On lui avait promis de bichonner ses fans en son absence, et il avait ri , disant que nous ne leur suffirions pas . Il avait alors serré nos deux amis dans ses bras, avant de m'adresser une simple poignée de main . Deux étrangers . Nous étions passés du statut de jumeaux inséparables à celui de simples connaissances . Sur le chemin du retour, alors qu'il se dirigeait sans doute déjà vers Berlin, j'avais éclaté en sanglots . Les garçons m'avaient soutenu , ils savaient qu'il se passait quelque chose entre Bill et moi sans savoir réellement les détails . Je lui en voulais terriblement de réagir de cette manière, mais c'est finalement contre moi que ma colère se tournait le plus . Pourquoi étais-je sain alors qu'il souffrait ? Pourquoi n'avais-je pas pris la moitié de sa maladie , puisqu'on partageait tout ? Comment avais-je pu l'abandonner dans ce train infame, pourquoi n'étais-je pas monté avec lui pour le soutenir ? Mais surtout ... pourquoi étais-je si désespéré à l'idée de passer trois mois loin de lui ?












___________________________________

Voilà le début de ma nouvelle fic, je ne sais pas encore où elle va me mener ... j'attends avec impatience vos commentaires, dites moi absolument tout ce que vous en pensez !
Chapitre 1
# Posté le vendredi 18 mai 2007 05:21
Modifié le mercredi 06 juin 2007 14:26

Chapitre 2

Les jours passant, et Bill n'appelant pas, j'avais fini par me persuader qu'il se sentait mieux là-bas . Là-bas ... tellement proche et tellement loin de moi ... Berlin et Hambourg n'étaient pas si éloignées après tout, ce n'était pas comme s'il était à l'autre bout de la planète ! Nos parents avaient décidé qu'il serait mieux pour lui, pour sa santé, qu'il parte quelques mois en cure . Depuis qu'on avait diagnostiqué sa maladie , il déperissait, si bien qu'il n'avait déjà plus la force d'assurer lors des concerts . Ils avaient eu raison je crois, mais mon frère l'avait vu d'un autre oeil : pour lui, on cherchait à tout prix à l'éloigner de sa célébrité, pour lui on lui arrachait tout ce qu'il lui restait , et on complotait pour l'empêcher d'être heureux ... je sais très bien qu'il était aveuglé par la haine, mais je ne peux plus me voiler la face : chacun de ses actes étaitr destiné à me faire souffrir . Il voulait, sans doute inconsciemment, que moi aussi je vive son calvaire . Mais Bill, si tu savais à quel point je le vivais déjà !


On n'av
ait pas été autorisés à l'approcher , une fois admis au centre , et nous n'avions le droit de lui parler que lorsqu'il prenait lui-même l'initiative de nous appeler ... il ne le fit que deux fois, en trois mois . Il ne chercha même pas à me joindre le jour de notre anniversaire, et n'appela ma mère que pour lui souhaiter une joyeuse fête . Gustav et Georg n'avaient pas plus de nouvelles , aussi nous fûmes tous surpris qu'il appelle , trois mois plus tard, pour annoncer qu'il rentrait .

"-Il s'ennuie enfin de nous ! avait dit ma mère .
-J'espère qu'il va mieux ... avais-je répondu ."

Mais tout ce que
nous espérions s'était envolé en fumée quand nous l'avions vu rentrer , ce soir-là, complètement assomé d'alcool et sans doute de médicaments, ramenant pour la première fois une fille sous notre toit , encore plus éméchée que lui ...


Bill avait changé,
et je devais absolument découvrir ce qui l'y avait poussé . Aussi , je ne dormis pas cette nuit-là, réfléchissant au meilleur moyen de l'aborder sans qu'il ne se braque . En entendant claquer la porte d'entrée vers 10 heures le lendemain matin , je me levai, espérant que ce n'était que "Shirley" qui partait .

"-Bill ?
-...
-Bill t
'es là ?
-Ouais j'su
is là .
-Est-ce que
ça va ?
-Ouais ."


Il s'était enfermé dans la salle de bains, refusant sans doute de me voir ... et moi j'attendais, penaud, qu'il daigne m'ouvrir ...

"-Bill ?
-Ouais quoi enc
ore ?
-Est-ce qu'on
pourrait parler un peu s'il te plait ?
-
Attends ..."


Final
ement, il avait déverrouillé la porte , et je m'étais assis sur le rebord de la baignoire , regardant son reflet dans le miroir , alors qu'il se maquillait . J'eus toutes les peines du monde à ne pas montrer ma surprise ... Mon frère avait toujours été grand et mince . Là, il était squelettique . Son visage avait pris une teinte cireuse qu'il tentait vainement de camoufler sous une épaisse couche de fond de teint , et sa machoire saillait encore plus qu'à son départ . Il avait de profondes cernes sous les yeux, et les lèvres gercées .

"-Je te dégoute hein ?
-Non
. Pourquoi tu dis ça ?
-Pourtant, je su
is dégoutant . J'me fais peur à moi-même alors qu'est-ce que ça doit être pour toi !
-Tu me dégout
es pas . Je suis juste étonné .
-Ben ou
ais . La dialyse , les drains et les perfusions, ça te rend pas super attirant .
-Je suis désolé .
..
-Pfff ... Bon tu
voulais me parler de quoi ?
-Pourquoi t
u es rentré ?
-Tu au
rais préféré que je reste là-bas ? Ca aurait été plus simple pour toi hein !
-A
rrête, tu sais très bien que non . Je veux juste savoir pourquoi .
-Ils voulai
ent plus de moi à la clinique . Ils ont dit que je refusais le traitement, que tant que ma tête ne l'accepterait pas, mon corps le refuserait aussi .
-T'as p
ensé à Maman ?
-Quoi
?
-Elle était là h
ier soir . On était tous là .
-Vous avie
z qu'à pas attendre dans le noir .
-Att
ends mais ... tu le savais ? Tu savais qu'on t'attendait ?
-Vous êtes pas discrets ...
-Mais ... m
ais attends comment t'as pu ...
-Tu voi
s, on peut pas parler avec toi . Tu deviens tout rouge, tu t'énerves, et tu joues à Mr SuperForme , toujours parfait contrairement à son frère le semi-homme ...
-Bill putain tu
... oh laisse tomber ... si un jour tu te souviens que tu as un frère, tu sais où me trouver .
-C'
est ça . Bonne journée , Tomichou !"



Son sourire était mauvais et donnait à son visage un air de dément . Je me sentais profondément blessé, mais surtout tellement coupable ... c'était à cause de moi qu'il était comme ça . Il aurait sans doute mieux accepté la fatalité s'il n'avait pas eu un frère jumeau sain ... je m'en voulais tellement ! Avant de quitter la pièce, je me retournai et soufflai :

"-Si tu savais à quel point je suis désolé ...
-C
'est pas ça qui va me guérir . "


Une d
ernière pique . Une morsure de serpent ... oui, Bill était devenu un serpent, tant par son aspect physique que par son esprit sinueux , recouvert d'écailles infranchissables ...
Chapitre 2
# Posté le lundi 21 mai 2007 05:20

Chapitre 3

Chapitre 3
Une semaine . Une longue semaine avait passé avant que je ne réussisse à le coincer de nouveau , pour parler . Les gens défilaient . Amis, famille , tout le monde espérait pouvoir le trouver à la maison, mais sitôt qu'ils venaient, monsieur s'enfermait dans sa chambre ou sortait "faire un tour" ...
J'étais toujours celui à q
ui l'on demandait ce qu'il avait . Est-ce que je savais pourquoi il agissait de la sorte ? Est-ce que j'avais essayé de lui parler ? Est-ce que je m'en rendais compte au moins ? La lueur de reproche qui pointait dans tous ces yeux me faisait prendre conscience de mon rôle , mais mes actes ne suivaient pas . Comment pouvais-je faire entendre raison à ce Bill que je ne connaissais pas ? Parce que c'était ça, finalement le pire : je ne le connaissais plus .
L
e Bill qui était mon frère était prévisible, je pouvais anticiper chacune de ses réactions , sans forcer . Celui qui était revenu de Berlin avait un mode de fonctionnement totalement différent, que je n'arrivais pas à cerner . Un soir, alors que je regardais la télé, il sortit de sa chambre et vint s'asseoir à mes côtés . Je lui tendis la télécommande , pour lui signifier qu'il pouvait bien regarder ce qu'il voulait, et avant de la prendre , il me dit :

"-Je sais que tu souffres . Et d'un côté, ça me rassure . Je suis content .
-Hein ?

-Ca me fait quelque chose
à partager avec toi . Tu sais, le Tom d'avant me manque .
-Je n'ai pas changé pour
tant ...
-Si . Tellement !
Peut-être plus que moi . Sauf que toi tu ne t'en rends pas compte , et puis ça se voit moins, en apparence ..."


Il avait baissé la têt
e, tordant nerveusement ses mains, comme si le fait de me parler de lui à travers moi le rendait honteux . Ses cheveux filasses étaient retombés sur ses yeux, et je les en avais écartés du bout des doigts . Violemment, il s'était retourné vers moi, une lueur d'espoir dans les yeux, et m'avait demandé d'une toute petit voix :

"-Tu m'aimes encore ?"

J'avais ouvert la bouche, pour répondre, mais j'étais bloqué . Si je l'aimais encore ? Comment pouvait-il en douter ? Il était tout pour moi, j'avais tout arrêté pour lui ...

"-Je ...Je ...
-Ca va j'ai compris ."


Un
e moue hautaine s'était de nouveau peinte sur son visage, et il avait ajouté avant de disparaitre à nouveau dans sa chambre :

"-Ferme la bouche on dirait un poisson ."

Je l'avais suivi, ma
is trop tard, la porte avait claqué sur moi , et je n'avais pu que murmurer :

"-Bien sûr que je t'aime Bill ... bien sûr ... pardonne-moi ..."

Je m'étais adossé
à la porte, prenant ma tête entre mes mains, avec l'espoir que peut-être lui aussi avait pris la même position, derrière le panneau de bois . Ca nous arrivait fréquemment, étant enfants, de nous disputer pour ensuite ne laisser qu'une porte entre nous, comme un miroir aveugle . On finissait en général par appeler l'autre, en même temps , ce qui nous valait à coup sûr un grand éclat de rire et une embrassade . Mais ce soir-là, c'était différent . Je sentais qu'il ne voulait pas partager avec moi ne serait-ce qu'un souvenir heureux . Il avait mal , et voulait que je souffre aussi .

"-Bill ?
-Non . Pas ce soir . Je
suis fatigué .
-Bill tu ne m
e laisses jamais finir ...
-Tu es trop lent .
-Tu ne v
eux pas entendre ce que j'ai à dire ?
-Tu vas encore b
afouiller et t'emméler dans tes explications . Reviens quand tu seras sûr de ce que tu as à dire .
-J'en sui
s sûr , pourtant ...
-Je te
connais, tu fais semblant d'être fort mais tu vas t'écrouler ...
-Justement ... j'
ai besoin de toi pour m'écrouler, ça fait trop longtemps que je résiste et je vais exploser ...
-Essaie de n
e pas en mettre partout alors ...
-T'es affreux .
-Je
sais . J'aime bien . J'me sens vivant comme ça .
-C'es
t idiot .
-Je sais aussi .
Mais je suis idiot . C'est pas nouveau .
-C'est faux .
J'ai eu un frère qui était plus intelligent que moi, plus beau aussi et plus fort . J'ai eu un frère qui m'avait juré de ne jamais me quitter . Il disait qu'il serait toujours là pour moi, parce que personne d'autre ne pouvait savoir quand j'allais mal . Il avait promis que rien ne changerait jamais .
-C'était sans doute av
ant que tu ne le trahisses ...
-J't'ai pas trahi Bill
. T'avais besoin de soins professionnels ! J'étais obligé ou bien t'allais ...
-M
ourir ? Ca aurait changé quoi hein ? Tu m'as vu ? J'suis déjà mort ! Je n'ai plus rien de ce que j'avais , j'étais jeune , j'ai l'impression d'avoir 95 ans ! J'étais beau ? Je ressemble à un cadavre ! J'avais la gloire ? J'ai du tout arrêter ! J'avais un frère ? Il m'a abandonné !!!
-Je t'ai pas a
bandonné Bill ... je t'ai pas abandonné ... je t'ai pas abandonné ... j'étais OBLIGE !!
-Et voila . Tu t'éne
rves encore .
-Tu peux ouvr
ir la porte s'il te plait ?
-Non .
-Je t'en prie ...
-J
'veux pas te voir pleurer . Tu m'dégoutes ."


Je m'éta
is levé , des larmes plein les yeux, et j'avais attendu, fixant la porte, sachant que mon jumeau, de l'autre côté, faisait de même . Puis, alors même que les battements de mon coeur se calmaient , j'avais entendu le verrou tourner , et j'avais vu la poignée s'abaisser . Un pas . Il n'y avait plus qu'un pas entre Bill et moi ... Je l'avais franchi , pour prendre mon frère dans mes bras . J'avais serré sa carcasse frêle et tremblotante avec toute la douceur dont j'étais capable dans un pareil moment . Mon visage enfoui dans sa tignasse hirsute, respirant son odeur mêlée de chloroforme et de cosmétiques , j'avais versé des larmes à la fois de chagrin et de joie . Je n'avais pas touché mon frère depuis bien longtemps ...

"-Bill tu m'as tellement manqué !"

Ses épaules maigres é
taient secouées de sanglots , et ses bras , tendus le long de son corps, s'étaient faiblement soulevés jusqu'à mon dos . Rassemblant quelques forces pour me serrer contre lui , il avait murmuré :

"-N'en fais pas trop, quand même , je risquerais de te croire ..."

J'avai
s embrassé son cou, ses cheveux , ses joues et son front , ses doigts et son nez . Lui il attendait , yeux fermés , que j'en aie fini . Dur . Très dur . Et froid . Mais je savais qu'en cet instant précis, lui aussi était heureux de me retrouver ...
Nos émotions enfin par
tagées de nouveau , nos souffles enfin synchronisés ... j'avais retrouvé mon frère . C'était idiot, en vérité , de se déchirer pour se reconstruire , mais c'était notre manière de fonctionner à ce moment-là . Je crois bien qu'on l'avait compris, inconsciemment, et qu'on s'en accomodait . C'était tellement plus facile, de se cacher derrière une barrière de béton ...

"-Tom ?
-.
..
-Tom ? T'es en train de
mouiller mon tee-shirt ...
-Pardon ..."


J'avais renifl
é avant de m'éloigner , confus et gêné . Je ne devais pas perdre de vue ce qui nous avait séparés . Pas encore . Il avait pris ma main et m'avait reconduit jusqu'au canapé , où l'on s'était rassis , ne disant plus un mot, regardant série après série , juste heureux d'être ensemble, pour une fois .
# Posté le lundi 21 mai 2007 07:20

Chapitre 4

Mais je savais bien que la trève était de courte durée ... le Bill qui était rentré de Berlin était comme ça : passant du rire aux larmes, de la bonne humeur à la colère la plus froide... et malheureusement rien ne me permettait d'anticiper ses réactions. Même ses yeux ne reflétaient plus ce qu'il pensait, mais c'était peut-être dû à sa faiblesse . Même s'il était triste, il ne laissait apparaitre que sa colère, et quand il aurait eu besoin de réconfort, il préférait se murer dans son silence et affronter seul ce que nous aurions dû traverser à deux . Le nouveau Bill était comme ça . Lunatique et perfide . Et moi ... moi j'essayais de m'en accomoder du mieux que je pouvais, ne prenant pas trop à coeur ses remarques mesquines, mettant sa rage sur le compte de sa maladie, et toujours je revenais vers lui, espérant qu'il ne me rejetterait pas .

"-T'as un cendrier quelque part ?
-Non, j'ai arrêté de
fumer quand t'es parti .
-
C'est pour ça que t'as grossi .
-Pff ... j'me suis di
t qu'avoir un fils malade suffirait à maman .
-S
i tu crois que je le fais exprès ...
-Tu
devrais l'appeler , non ? Elle se fait du souci .
-Justement, c'est asse
z dur comme ça .
-Bill, sin
cèrement, elle souffre . Si tu l'appelais ...
-Si je
l'appelais , quoi ? Elle ne ferait que voir d'encore plus près ma propre souffrance, tu crois que c'est ce qu'elle veut ? Tu crois que je n'ai pas compris tout le mal que je cause à tout le monde ? Je sais bien qu'ils font semblant de vouloir me voir, mais qu'à chaque fois ça les déchire, tous autant qu'ils sont ! même toi, tu restes là avec moi, mais c'est parce que tu te sens obligé ! Je sais que c'est pas facile de vivre avec un cadavre ! Je sais ce que c'est !
-Si je reste
là, c'est parce que je veux pas partir et te laisser ... encore une fois ...
-M
ais fais ta vie Tom ! Putain vis un peu ! Il me reste pas longtemps, alors à quoi bon te torturer pour un mec déjà mort ?
-D
is pas ça ... j't'en prie ...
-Pfff !

-S
i ce que tu dis est vrai, alors je veux rester avec mon frère jusqu'à la fin ...
-Ton frère ... ton frèr
e ça fait longtemps qu'il a baissé les bras ! Il se tait, là au fond ,et j'veux même plus essayer d'le retrouver !!
-Dis pas ça ... D
is pas ça putain ! Bill si je reste c'est pas que pour toi ! C'est aussi purement égoïste de ma part ! Parce que j'ai l'impression d'avoir raté un train avec toi, et pas qu'au sens figuré ! J'aurais jamais dû t'abandonner, et j'me dis que peut-être , si j'te lache plus maintenant, j'pourrai me racheter ...
-Racheter ta
conscience ? Pfff ... t'es au courant que le Paradis ça existe pas ? Je vais pas monter au Ciel une fois mort Tom, et toi non plus ! On n'est pas des anges bordel ! Alors épargne-moi ta mauvaise conscience de merde, et va là où t'as envie d'être !"



Le seul endroit
où j'avais envie d'être, c'était près de lui . Mais je ne voulais pas le lui dire . Il aurait tout fait pour m'en empêcher... Je n'arrêtais pas de me dire que si je l'avais empêché de prendre ce train, si j'étais au moins monté avec lui, les choses seraient différentes .
Il me fallut encore
plusieurs jours avant de pouvoir de nouveau parler avec Bill . Il passait ses journées à dormir, et la nuit, il regardait la télé ou jouait à la console .
Moi,
j'étais obligé d'aller bosser au magasin, pour nous permettre de vivre encore un peu ensemble, alors la nuit, je dormais . Je crois qu'il me fuyait, en fait . Une nuit, alors que je luttais contre le sommeil en attendant de l'entendre se lever , j'ai décidé qu'il fallait que ça cesse . Alors aussitôt que j'ai entendu son pas trainant dans le couloir, je me suis levé pour lui dire :

"-Tu vas où ?
-Bo
ire un peu d'eau .
-T'as pa
s mangé depuis quand ?
-Ce
midi .
-Tu mens .
-Qu
'est-ce que t'en sais ? T'étais pas là !
-Y'avait pas de va
isselle à faire, et rien n'a bougé dans le frigo .
-Et
puis qu'est-ce que ça peut te faire d'abord ?
-Je m'
inquiète pour toi , c'est tout . Si tu veux, j'peux aussi aller t'acheter une corde, comme ça tu te pends et on n'en parle plus ."


J'
y étais allé un peu fort, et j'avais vu ses yeux refléter pour la première fois ce qu'il pensait vraiment : un immense chagrin, et beaucoup de déception . Je m'étais donc radouci pour lui prendre le bras et murmurer :

"-Excuse-moi ...
-Non
... c'est moi . J'suis une ordure avec toi .
-C'est pa
s grave, je t'aime quand même !
-Tom ..."


I
l s'était laissé aller dans mes bras, pleurant toutes ses larmes, secoué de sanglots violents, debout au milieu d'un couloir trop sombre ...

"-Allez viens, j'vais te faire des macaronis .
-Ceux a
u parmesan et au jambon ?
-
Si tu veux !
-Al
ors d'accord ! Mais j'ai pas trop faim alors *Geeergll* {Gargouillis de ventre ^^}
-Pas tro
p faim ?
-Bon, ça va , te m
oque pas de moi !"


Il ava
it reniflé et s'était passé une main sur le visage, faisant s'étaler les restes de son maquillage .

"-Tu aurais envie d'aller faire un tour ?
-J'me sens pas tro
p prêt ...
-He
y, tu l'étais pour passer ta nuit avec "Shirley" !
-Tu veux aller
où ?
-J'aurais
voulu retourner au parc, tu sais, celui du bout de l'avenue Einstein !
-:) Celu
i de la cabane ?
-Ouep !
-D'accord !
-Et si t'en as marre de marche
r, j'appellerai un taxi !
-
Nan , ça devrait aller !"


Il avait des étoiles dans les yeux, en me regardant plonger les pâtes dans l'eau bouillante . Un rien pouvait l'émerveiller je crois ... et je m'étais donné pour mission de faire de ses derniers jours un conte de fées . Je voulais que mon frère s'en aille avec le sentiment que je l'aimais . je voulais le rendre heureux, jusqu'à la fin . Mais il était terriblement défaitiste, et lui rendre le sourire n'était pas chose facile ...


Nous
étions sortis, emmitouflés dans nos blousons, dans le froid de janvier, sous la neige qui tombait drue .

"-Tom ! T'as vu on se croirait dans un film ! Les sons ils sont tout bizarres ! T'entends ya pas d'écho ! ECHO ! ECHO !"

I
l gambadait, comme un gamin, et j'étais ému aux larmes de le voir presque ... heureux .

"-Fais gaffe quand même ! Si tu te ramasses, je viendrai pas te relever !
-C'est
ça ouais ! Tu m'aimes trop pour me laisser tout seul ! Pis tu voudrais quand même pas que j'me fasse attaquer par des méchants pas vrai ?
-Nan ! J'vole
rai à ton secours !
-Tel l
e Prince Charmant sur son fidèle destrier !"


Le froid
. Ca avait jeté un terrible froid, nous renvoyant en pleine face les vraies raisons de nos disputes . un ange passa avant que l'un de nous ne rompe le silence pesant de la ville endormie .

"-Dis Tom ? Tu m'aimeras toujours ?
-Forcément .
T'es mon frère !
-Même quan
d je ... quand je serai plus là ?
-Arrête Bill, c'est
clair que je t'aimerai toujours !
-Même quand
t'auras quarante ans, une femme et des enfants ?
-D'abord j'
aurai pas d'enfants ! Et puis pas de femme tiens ! Et quand bien même j'aurais une copine, elle t'arrivera jamais à la cheville, dans mon coeur !"


Il s'était ra
pproché de moi, passant son bras sous le mien, autant pour me dire qu'il était là que pour s'appuyer dessus . Avisant un tabac ouvert malgré l'heure tardive, je rentrai acheter un paquet de Philip Morris, et en arrivant au parc, nous nous installâmes sur "notre" banc pour en fumer une à deux .

"-J'croyais que t'avais arrêté ?
-Ouais
mais tu m'as donné envie tout à l'heure ...
-Mmmh ... ça fait du
bien !
-Tu trou
ves ?
-Non,
en fait ça m'arrache la gorge, mais j'en avais trop envie !
-C'est p
as bien ...
-je sais ...
-Bill ?
-Mmm
?
-Tu vas me manquer ...
-J
'espère bien ! Mais c'est pas encore Tomichou ! Pis j'serai toujours là !"


Il a
vait posé sa main sur mon coeur en disant ça, avant de rougir et de détourner le regard .

"-Je sais c'est nul , mais j'espère que c'est comme ça que ça se passe ...
-C'est p
as nul, c'est joli . Pis c'est vrai . Tu y seras toujours, même si des fois t'es méchant avec moi .
-je suis désolé . j'
ai peur en fait, je crois .
-C'est norma
l .
-Ouais peu
t-être ... j'ai peur de trop me rattacher à toi . Tu vois pendant ces trois mois là-bas, je t'avais presque effacé, à force de te maudire en silence, mais finalement c'était encore plus dur que si tu m'avais manqué . J'ai peur de ne pas vouloir partir, quand le moment sera venu ...
-Bill, je t
e promets que le jour où tu partiras, je resterai avec toi .
-Nan, faut pas que
tu dises ça, ça me fait encore plus peur ... je veux que tu vives moi !
-Ben san
s toi, ça aura plus de goût ...
-Tu vois pourquoi
je suis méchant ? j'veux pas que t'aies mal quand je ... mourrai .
-Ca c'est pas
possible ... le dernier à la cabane est un impuissant sexuel !"


Je m'élançai d
ans la nuit, suivi de près par mon frère qui riait . Malgré tout, j'arrivai avant lui . Je ne pouvais pas lui faire l'affront de le laisser gagner, il était faible, mais pas idiot, et il avait sa fierté !

"-Pfff ... t'en fouttrai moi ... de l'impuissance ... sexuelle !
-Mauvais perdant va !
-Ouai
s ... n'empêche ... qu'ya pas de mérite ... à gagner ... contre ... un malade ! Alors on est ... deux impuissants ! Le dernier en haut doit un bisou à l'autre !"


Avait-il crié alo
rs qu'il était déjà presque en haut de l'échelle . Je ris et montai à sa suite, grimpant à la corde à noeuds qui pendait sur le côté . Quand je le rejoignis, il s'était assis sur la petite terrasse en bois et me tendait la joue . Je pris place à ses côtés et fis résonner dans la nuit un "schmouakk" puissant . il rit et se frotta la joue, me traitant de sangsue .

"-T'avais qu'à pas tricher !"

On
était trop grands pour rentrer dans la cabane sans se baisser, mais une fois à l'intérieur, on retrouva tous nos repères d'enfants . Les meubles de bois, la banquette de voiture éventrée, les fenêtres aux volets poussiéreux, et la petite torche électrique accrochée au plafond ... elle n'avait plus de piles, mais peu importait . Le noir était finalement plus rassurant, dans notre état . Nous nous allongeâmes à même le sol, côte à côte , sans bouger, avec pour seule musique le sifflement régulier de nos respirations . Notre souffle créait de petits nuages de vapeur au-dessus de nous, et je sursautai en sentant la main de Bill se frayer un chemin jusqu'à la mienne, dans la poche ventrale de mon sweat .

"-J'suis heureux d'être avec toi, Tomichou .
-
Moi aussi ..."


Et sur le m
oment, je sentis que c'était vrai . Il était heureux .
Chapitre 4
# Posté le mardi 22 mai 2007 07:18
Modifié le mercredi 06 juin 2007 17:17